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Bénin/Familles monoparentales : Entre pères solos et mères solos, le calvaire des enfants

Bénin/Familles monoparentales : Entre pères solos et mères solos, le calvaire des enfants

Des enfants se retrouvent seuls avec leur père ou leur mère. Pourtant les deux géniteurs sont tous vivants. Mais le mari s’est séparé de sa femme en lui laissant toutes les charges familiales. Soit, c’est la mère qui abandonne le foyer pour des raisons qui lui sont propres. Les enfants doivent ainsi vivre sans leur maman. Le phénomène est courant au Bénin et n’épargne aucune couche sociale. Parfois on se lance dans des batailles juridiques pour réclamer la garde de son propre enfant. Puisqu’on ne veut pas le laisser à la charge de  son désormais ex. La question de la monoparentalité devient de plus en plus préoccupante.

Par Dieudonné AWELE

Madeleine, avec un enfant d’environ 02 ans au dos est depuis 08 mois chez ses parents à Sègbeya dans le 3ième   arrondissement de Cotonou. Nathalie traîne, elle seule quatre (04) gosses dont le dernier, une fille a  03 ans. Elle a quitté le toit de son mari depuis plus de 24 mois. Roberte, résidante à Sèmè-Podji  se retrouve seule avec son unique enfant. Mireille a vu  sa grosse abandonnée par son fiancée. Ses parents sont contraints de prendre en charges les dépenses prénatales et postnatales. Elle a quitté Porto-Novo où elle faisait la domestication pour rejoindre sa famille à Bohicon. Cécile, c’est son mari qui, un jour ramassasse ses effets, et,  l’abandonne avec le seul fils,  dans une chambre qu’il a louée à Avotrou, dans le premier arrondissement de Cotonou. Carine demeurant à Djèffa, dans la commune de Sèmè-Podji a du supporter sa grossesse par des petits commerce. Elle accouché une fille. L’enfant vient d’avoir à peine 02 ans.  Constance, commerçante à Abomey-Calavi  traine seule un petit garçon de 03 ans. Les quatre enfants de Dorcas  ont entre 12 et 23 ans. Son mari a abandonné  le toit conjugal depuis environ 10 ans. Elle continue d’éprouver des difficultés pour répondre seule aux besoins fondamentaux de ses progénitures. Les raisons de cette situation varient d’une personne à une autre.

Henriette regrette de se lancer dans une relation sentimentale avec Bernard, enseignant dans un collège privé à Porto-Novo. Elle était en terminale quand tout a commencé. Tout c’est vite passé.

C’est avec une grossesse de trois mois qu’elle est partie composer. Aujourd’hui étudiante en 3ème de science juridique à l’université d’Abomey-Calavi, Henriette est très remontée contre ce professeur qui a fuit quand la nouvelle de la grossesse lui a été annoncée par celui-là qui l’appelait affectueusement « Mon ange ».

L’étudiante en droit ne comprend rien de ce qui a pu faire détaler le père de son enfant à la première heure. Diane n’arrive pas à supporter les caprices de sa belle-mère et les comportements peu responsables de son mari « J’en ai marre et j’ai décidé de déposer les clés. J’ai quitté mon mari avec nos deux enfants». Cette décision  prise par cette restauratrice de formation n’est que le début d’un chemin de croix. Issue d’une famille modeste et orpheline de père, Diane était interdite de toute activité professionnelle et commerciale par son mari avant que les problèmes ne commencent dans la sphère conjugale. Elle n’en pouvait plus. Son désormais ex-mari est appelé à récupérer les enfants. Rosaline, revendeuse à  Ouidah est  dans le même cas. Elle a volontairement retourné ses trois enfants à son ancien conjoint ; leur père, pour des raisons économiques. Pauline rencontré devant les locaux de la Brigade de la Protection des Mineurs se plaint de ses déboires amoureux avec un jeune-homme en fonction dans un  Ministère de la place. Elle était en classe de 3ème quand elle a été abusée. Aussitôt tombée enceinte, l’homme se désengage, refuse la grossesse et rejette tout conseil. L’enfant a 09 ans  aujourd’hui et est en classe de CI dans une école à Agbondjèdo où réside sa famille maternelle.

« Ce qui me fait mal et je suis venue me plaindre à la brigade des mineurs, c’est que quand on demande à mon enfant où est son papa, il répond : je n’ai pas de papa »

confie cette jeune dame, visiblement déçue.

Devant l’hôpital de zone  de Kowégbé, une jeune dame de 22 ans,  portant un bébé de moins de 02 ans au dos, s’attaque à un homme qui serait  le père de  l’enfant. Ce dernier accepte avoir eu des intimités avec elle, mais ne se reconnait pas comme le géniteur de l’innocent. Jean-Paul, démarcheur,  a été pris aux cols dans un bar par son ex-amante. Celle-ci l’accuse de l’avoir mise dans une situation misérable en lui laissant toute la charge de   l’enfant qu’ils ont eu ensemble. Cyrille rejette les allégations de Roberte, selon lesquelles, il a fuit la responsabilité parentale. Pour sa part, Alexis fait remarquer que Rosaline est une femme d’obédience douteuse et c’est pour cela qu’il a décidé de se séparer d’elle. « Mais une fois que les enfants me sont retournés, je m’occupe bien d’eux » lâche t-il. Roland, enseignant dans une école primaire publique affirme ne jamais rater la somme exigée par son ex-conjointe et qu’il dépose à chaque fin du mois à la Brigade pour la Protection des Mineurs. Patrick à sa charge 05 enfants de cinq mères différentes. Son cas est exceptionnel. Ce ne sont pas les femmes qui refusent de rester sous  son toit. En tout cas, rien ne manque aux enfants. Sauf une maman.

Entre pères solos et mères solos, le calvaire des enfants

Le phénomène de la monoparentalité prend de plus en plus une proportion inquiétante dans la société béninoise. Un véritable calvaire pour les enfants- surtout pour les enfants mineurs. « C’est être orphelin de père ou de mère, bien ayant ses deux géniteurs encore en vie » analyse le psychologue Hermann Adjidé. Depuis plus de deux ans, Mariette n’a plus vu son père. Pourtant, ils sont tous dans la même ville de Cotonou. Elle n’ose demander à sa maman  là où se trouve son pas. Un manque d’amour qui la traumatise. L’adolescente se confie à une voisine. Jean, quant à lui, essaye de rencontrer sa mère en catimini. Car, son père le met en garde contre tout contact avec sa mère. « Et c’est là que c’est plus traumatisant. Les enfants mineurs des familles monoparentales éprouvent de sérieuses  difficultés à mieux vivre. Avoir l’autorisation de l’un avant d’aller voir l’autre pose un réellement problème d’amour parental » observe la sociologue Henriette. Grandir dans une telle atmosphère a  souvent de sérieuses conséquences sur l’épanouissement et l’éducation scolaire des enfants. La suite du dossier dans nos prochaines parutions.

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